Qui décide de l’image de l’Afrique?
Les nouvelles réglementations du gouvernement burkinabè concernant l’utilisation d’images représentant des personnes vulnérables ont suscité un débat qui va bien au-delà de la question de savoir quelles photographies les organisations humanitaires sont autorisées à utiliser. Au cœur de ce débat se trouve une question qui est également essentielle pour le Village Opéra : Qui raconte l’histoire de qui – et quelles images en résultent ?
Les images façonnent notre perception du monde. Pendant des décennies, les représentations du continent africain ont principalement mis en avant la pauvreté, la faim, la maladie et la vulnérabilité. Les personnes y apparaissent souvent comme des bénéficiaires passifs de l’aide. De telles images peuvent attirer l’attention et mobiliser des dons, mais elles contribuent aussi à reproduire un récit unidimensionnel sur tout un continent.
C’est pourquoi, dès le début, il a été important pour nous de rendre visibles d’autres images et nos propres récits. Notre approche repose sur la collaboration, l’échange culturel et la conviction que les personnes ne doivent pas être réduites à leurs besoins ou à leur vulnérabilité. L’art constitue un outil essentiel dans cette démarche : il crée des espaces dans lesquels chacun et chacune peut exprimer ses propres perspectives, idées et histoires. Pour notre communication, cela signifie que nous ne voulons pas représenter les personnes uniquement comme des « personnes concernées » ou des « bénéficiaires », mais comme des actrices et des acteurs à part entière – artistes, élèves, collaboratrices et collaborateurs, voisines et voisins. Nous voulons raconter des histoires de libre détermination, de créativité et de transformation sociale, sans pour autant occulter la complexité des réalités locales.
Mais nous devons également continuer à interroger nos propres pratiques. Nous aussi, nous décidons quelles images nous montrons et quelles histoires nous racontons. Nous aussi, nous évoluons dans un équilibre délicat entre visibilité, communication et responsabilité envers les personnes avec lesquelles nous travaillons. Ce n’est pas parce qu’une image raconte une histoire de manière saisissante qu’elle est automatiquement la bonne image. Cela soulève régulièrement plusieurs questions : Qui décide de la manière dont une personne est représentée ? A-t-elle été consultée ? Quelle histoire l’image raconte-t-elle – et que laisse-t-elle peut-être dans l’ombre ? Et reproduisons-nous, inconsciemment, certains des stéréotypes que nous cherchons précisément à dépasser ?
Nous ne souhaitons pas répondre à ces questions en prétendant avoir déjà tout fait correctement. Bien au contraire : le débat actuel est pour nous l’occasion de continuer à réfléchir à notre manière d’utiliser les images et de raconter des histoires, et de l’améliorer.
Notre objectif n’est pas de remplacer une « image négative de l’Afrique » par une image « positive ». Le Burkina Faso n’est ni uniquement un lieu de crise, ni uniquement un lieu d’espoir et de créativité. C’est un pays complexe, marqué par une multitude de perspectives, d’expériences et d’histoires. Nous souhaitons simplement contribuer à rendre cette diversité visible et à créer davantage d’espace pour que les personnes puissent raconter elles-mêmes leurs histoires.
Car c’est peut-être là que réside l’une des possibilités les plus importantes de l’art : ne pas seulement créer de nouvelles images, mais ouvrir de nouvelles perspectives sur celles et ceux qui sont vus, sur celles et ceux qui racontent, et sur celles et ceux qui peuvent eux-mêmes définir leur propre histoire.
Photo © Motandi Ouoba